Texte d'exposition

Vivos Voco, J'en appelle au vivant

par Ulysse Feuvrier & Margot Anquez Bariseau

Exposition collective, dont l'instigatrice est une sculptrice, à l'attention d'une artiste audio-visuelle, d'un écrivain et d'une plasticienne.

Dans un jardin, les corps et les esprits peuvent se considérer comme formes vivantes au milieu d'une multitude d'autres formes mouvantes, organisées et résilientes, à la fois étrangères à soi et profondément enracinées dans la même existence. Le jardin apparaît successivement flamboyant, asséché, mort, en bourgeon. C'est une quête, une volonté résolument humaine de non pas produire, mais de créer. C'est une création avec le vivant, qui ne peut se délier des règles qu'il impose. Pourtant ils ont des noms, des travées, des débuts et des fins, ils sont à quelqu'un.e. Chaque jardin est associé à celui.elle qui le forme, mais il est pourtant plus lié avec tous les autres qu'à la main qui le taille. Les haies sont des rencontres, elles ne séparent que les humain.es, le vivant n'y fait pas attention et passent entre, en dessous, au-dessus. Ici se présente un colloque de jardins, qui se rencontrent entre eux, et les visiteur.euses sont invités à observer les interactions formelles que ces émergences nouent. L'immanence de cette forme de poésie végétale s'impose en façon de créer par et pour elle-même.

Vivos voco – J'en appelle au vivant, s'inscrit dans un cycle d'expositions guidées par l'idée de jardin. Pour cette troisième proposition, Margot Anquez Bariseau invite les artistes Emilia Labbé, Ulysse Feuvrier et Minh Boutin dont les pratiques sont prises dans des imaginaires poétiques, vivants, biologiques. Vivos voco prend son nom de l'œuvre d'Ulysse Feuvrier, qui entrelace les corps aux arbres par l'acte d'écriture. Pris dans des chemins où la chair et l'esprit vont de couleurs en textures, percevant le souvenir d'êtres perdus et la réalité sensible se superposer, Ulysse suspend le cours logique du temps et retourne à la terre. La perception de son existence, coule dans un mouvement continu, de la psyché à l'extérieur de soi, et à l'inverse du territoire à l'intime.

Cette réciproque propre au désir de fusion du corps et du monde végétal, traverse aussi l'œuvre de Minh Boutin comme une vibration énergétique apaisante. Ce mouvement en deux temps, en miroir, rythme, par un principe de lenteur et de fluidité les sons et images qu'elle produit. Minh incarne Ginkgökoko, un jardin musical onirique mêlant chant, piano et électronique, mi-pop, mi-expérimental. Elle forge un univers dans lequel la transformation des matières, qu'elles soient sonores ou visuelles, distille en nous l'expérience sensible de la forêt et la promesse d'un apaisement intérieur.

Pourtant cette itération du jardin appelle au désordre, sans chronologie, brouille les repères biologiques. En se saisissant d'objets de la vie quotidienne, issus de l'enfance, transférant la souveraineté de l'habitat humain à celui de l'abeille, Emilia offre un récit qui se place à mi-chemin de la réalité et de la fiction pour se saisir des effets inquiétants de la civilisation humaine. Ces reliefs d'une histoire qui vit parallèlement à la nôtre sont à la fois l'original et la copie de ces symbioses entre abeilles et humain.es, repensant la hiérarchie des vivants dans un monde où les règnes biologiques sont subtilement remis en question. Les installations d'Emilia sont une fenêtre entre notre ici et son là-bas.

Après le chaos, la vie dans une anarchie des formes et des origines naît. Peau, écorce ou surface rocheuse, les créatures que Margot dissémine dans l'espace habitent ce jardin mutant. Argile et bois fusionnent pour créer des êtres où les frontières entre l'humain et le non-humain s'estompent. Par l'hybridation de la chair et de l'architecture, elle conçoit des chimères qui redéfinissent les limites entre l'inerte et le vivant, le sacré et le profane. Ici, l'hybridité des corps témoigne d'une volonté d'établir une continuité entre les éléments vivants et non-vivants, invitant à penser en termes de relation et de devenir.