Texte d'exposition

Révolution — duo show avec Germain Marguillard

par Germain Marguillard

Une révolution est un mouvement circulaire, une courbe fermée gravitant autour d'un point qui apparaît successivement étoile, planète et atome. Autant spatiale que temporelle, cette trajectoire cyclique induit aussi une cadence : un temps qui commence là où un autre se clôt. Nourries par des récits et des formes mythologiques, religieuses et scientifiques, les œuvres de Margot Anquez et Germain Marguillard nous invitent à observer les contours sémantiques de ce principe universel.

Placées dans du terreau et irriguées en eau à l'aide de tuyaux, les sculptures de Margot Anquez semblent approcher ce mouvement par sa nature cyclique. En maniant les ingrédients d'un limon primordial, elle tente d'insuffler une vie végétale au cœur de ses artefacts, les inscrivant dans le cycle qui rythme la vie des corps organiques : naissance-croissance-maturité-déclin-mort. Elle nous met ainsi en présence d'un curieux édifice, un mausolée de terre dont les contours évoquent à la fois une construction forgée par la nature et une fabrication humaine. Ses sculptures en céramique, qu'elles soient placées dans des bassins ou reliées par des artères artificielles, apparaissent comme des fragments d'un même organisme en croissance. Modelées dans l'argile blanche, certaines d'entre elles hybrident des formes d'organes reproducteurs floraux et humains, mâles et femelles. Ces ornements semblent choisis pour leur propriété votive, dans l'intention de rendre ces formes fécondes. D'autres sculptures, modelées cette fois en grès noir, forment une écorce sombre dont l'épiderme rappelle autant une surface rocheuse que des lambeaux de corps. Ces dernières sont recouvertes de formes de tétons d'où l'eau jaillit avant de s'écouler dans des bassins. À la manière d'une stèle, elles rendent hommage à des déesses et saintes comme Sainte Julie de Corse, martyre aux seins mutilés dont la source assurerait fertilité pour les femmes. La chair de la sainte s'apparente ici à la croûte terrestre, qui garde en son sein les eaux phréatiques garantes de la vie humaine. Par ces rapprochements fertiles, l'œuvre de Margot Anquez semble nous convier à imaginer un futur dans lequel les frontières entre nature et culture, homme et femme, corps et esprit seraient troublées.

En rapprochant des formes relatives à la quête de compréhension de ce mouvement, tant à l'échelle de la particule qu'à celle des planètes, les œuvres de Germain Marguillard examinent davantage cette rotation pour les questionnements existentiels qu'elle soulève. Les fenêtres quantiques donnent, par exemple, à ces trajectoires un poids symbolique, en intégrant leurs représentations mathématiques dans des tableaux aux allures de vitraux. Germain Marguillard nous plonge ainsi dans une atmosphère où la recherche du scientifique confine à celle du mystique. Il nous présente des objets qui rappellent simultanément des formes machiniques et architecturales, issues de fabrications tant futuristes qu'archaïques. À la surface de ces caissons, les formes ornementales en céramique n'en semblent pas moins fonctionnelles, et leur texture minérale trouble l'espace temporel auquel ils appartiennent. Reprenant des formes d'accélérateurs à particules (des technologies qui servent à étudier les particules élémentaires qui composent notre univers), ces sculptures endossent paradoxalement des ornements symboliques liés à la cosmogonie alchimique. Les douze rosaces qui habillent le premier monolithe se développent en une suite de polygones étoilés qui figurent la nature cyclique de notre univers : du point symbolisant le chaos primordial avant le big-bang, vers le cercle signe de l'infini. Les bas-reliefs qui ferment les extrémités de ces caissons sont, eux, inspirés de dessins d'Ernst Haeckel, biologiste et philosophe allemand du XIXe siècle, qui a œuvré, toute sa vie, à déceler les lois qui régissent la nature, à travers une approche tant scientifique que spirituelle. En mettant en relation les recherches sur l'essence de la matière dans ces champs contradictoires, les sculptures de Germain Marguillard semblent questionner notre rapport au savoir scientifique et à la vision du monde qu'il véhicule. Elles nous enjoignent à mettre de côté nos certitudes, à une époque où les technologies de plus en plus développées mettent paradoxalement en lumière des zones troubles qu'elles ne parviennent pas à éclaircir.